S04E03 – 22 Juillet 2011
Où en étions-nous ? Ah oui, le monde est dans un état critique. Personne ne meurt et ça commence à puer sévère. Ben oui, forcément, les maladies vont se répandre puisque personne ne va vraiment en mourir officiellement. D’ailleurs, la série fait par instants penser à une sorte d’imaginaire science-fictionnelle de la crise de covid qui touchera le monde neuf ans plus tard. La revoir avec ce recul est vraiment passionnant parce qu’on voit bien que tout ce qui nous a paru ahurissant en 2020 a toujours été dans l’imaginaire collectif et que ce qui se passe dans Torchwood n’est vraiment pas loin de ce qui se passerait si une telle situation se mettait en place.
Dans cet épisode, Gwen, Jack, Rex et Esther volent une voiture après avoir rendu irrémédiablement sourd le voisin méchant de Seinfeld. Rex trouve des vêtements propres et Jack prend en photo son kiki pendant qu’il se change en mode blague. Oupsie. Globalement l’épisode fait un peu office de transition et elle est bienvenue. On sent qu’il y a un peu plus de place à ce genre de moments que dans Children of Earth et là où la saison 3 était d’une nervosité sans merci, la saison 4 permet d’explorer l’humanité de Gwen et Jack un peu plus posément et avec un réalisme touchant.
Quand Rex en marre et décide de laisser tout le monde sur le carreau, plutôt que de forcer l’intrigue à avancer, le scénario décide très justement de laisser les personnages juste être pendant un moment. Rex couche avec Vera, Jack couche avec un barman, Gwen et Esther se promènent en se demandant si ce ne serait pas plus simple de laisser tomber et de se faire capturer. Tous ces moments sont vraiment touchants (bon Rex gâche quand-même ce moment touchant avec Vera parce qu’il est vraiment antipathique, c’est pas possible…). La scène de sexe de Jack rappelle la grande époque de Queer as Folk et ses scènes gays sans (trop de) complexe. D’autant que Jack est pour une fois vulnérable émotionnellement mais de façon probablement la plus profonde et touchante depuis le début de la série. C’est une facette de sa personnalité qu’on imagine très bien depuis toujours mais qu’on n’avait jamais vu présentée ainsi jusque-là.
L’intrigue avance vraiment bien dans un épisode qui a pourtant ce goût d’une transition. Des personnes dans la rue portent des masques pour indiquer qu’ils sont « soul less » depuis le jour du « miracle ». Oswald Danes accepte finalement l’offre de Madame Rousse de rejoindre les rangs de Phicorp, la compagnie pharmaceutique dont Torchwood a découvert les stocks de doliprane qu’ils veulent vendre à la population désormais immortelle mais souffrante. Vera décide d’aider Rex et permet à Gwen de voler des infos sur l’ordi de Madame Rousse. Et surtout, surtout, Jack confronte Oswald Danes dans une scène d’anthologie. Un simple champ contre champ qui offre une performance d’acteur à la limite de l’horreur humaine. Bill Pullman est peut-être l’acteur qui propose dans cette saison une des compositions les plus abouties et folles. Loin de cabotiner comme beaucoup d’acteurices l’auraient fait à sa place, il décide d’ajouter des maniérismes très subtils à son personnage et cette séquence de confrontation permet d’en voir l’importance.
Jack veut le tuer pour ce qu’il a fait et ce qu’il représente, mais Oswald lui révèle alors, de manière assez attendue (mais tout de même osée) que non, il ne regrette pas son crime. C’était le meilleur moment de sa vie et il n’y en aura pas d’autres comme celui-ci. Cette révélation est peut-être attendue mais une série qui n’aurait pas réfléchi suffisamment son sujet n’aurait pas fait un tel choix. Parce qu’une série sur des gens qui ne meurent plus auraient simplement décidé de mettre face à face un personnage qui peut mourir et ne le veut pas, et un autre qui ne peut pas mourir et qui le veut. Non, ici, c’est bien plus complexe que ça. On a d’un côté Jack qui est mortel et se rend compte que c’est à la fois génial de retrouver le goût de la vie, mais que c’est terrifiant et qu’il ne veut pas que ça s’arrête, d’où son attachement au passé et à l’équipe qu’il formait avec Gwen et l’ancien Torchwood 3. Et de l’autre, on a Oswald Danes, qui est passé par l’exécution mais qui ne peut pas mourir et qui le souhaite mais non pas parce qu’il regrette d’être une horrible personne, au contraire parce qu’il ne pourra plus jamais effectuer un tel acte ignoble et que c’était la mort sous ses doigts qui le rendait vivant. C’est réellement brillant et c’est une écriture assez subtile servie par de belles performances d’acteurs, mais peut-être un peu desservie par une mise en scène un peu trop brouillonne par instants et des choix de montages qui visent à dynamiser des moments qui mériteraient d’être laissés tranquilles.
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