DOCTOR WHY ?

 

Pourquoi est-ce que j’aime autant Doctor Who ?

 

Ce texte, comme son titre l’indique avec acuité et sans subtilité, est une tentative d’expliquer la raison qui me pousse à me plonger corps et âme dans la série Doctor Who depuis maintenant quinze ans. Eh oui, ma passion pour Doctor Who entre en seconde, ou en première, enfin au lycée quoi.

 

Je pourrais citer de nombreuses raisons tangibles qui me font apprécier la série comme pas mal de gens. La diversité possible des histoires racontées. L’envie de mettre en avant des sentiments positifs. Les personnages divers et variés. Le jeu constant entre rêve, imaginaire et réalité. Le côté désuet mais charmant de l’Angleterre un peu vieillotte.

 

Je pourrais tout autant citer des raisons pour lesquelles je ne devrais pas aimer cette série. Le côté héros solitaire. Le rapprochement entre le Docteur et le Dieu catholique. L’évidente influence d’une société post-coloniale où les héros blancs sauvent des peuples qui leur sont étrangers en leur apportant la lumière. Et le sous-texte puant des derniers épisodes en date. Mais également le sexisme patent du concept de l’assistante et tous pleins de valeurs moisies.

 

Et pourtant… Tout ce qui me ferait fuir dans pleins d’autres programmes me tient en haleine ici. Mais alors, pourquoi ?

 

Quand j’ai commencé la série, il faut savoir que je ne voulais pas la voir. J’avais vaguement vu passer des descriptions sur internet, quelques images. C’était en 2009, je commençais mes études supérieures et je regardais en boucle Friends et bouffais des films à la pelle. Je découvrais un tout autre cinéma en débarquant à Paris, la VO, les films de tous pays. Un monsieur vendait des DVD pas chers tous les mardis en bas de chez moi sur un marché et je découvrais des pépites nouvelles pour moi à l’époque, comme In The Mood for Love ou Adieu ma concubine.

 

Et je restais un immense fan de pop-culture, j’ouvrais seulement mes horizons. Sauf que Doctor Who, c’était LE truc qui ne me faisait pas envie. Ça avait l’air kitsch. Mal fait, moche, débile. Mon frère m’en parlait pourtant régulièrement, il avait vu les premières saisons de New Who et il adorait. Mais je me disais que j’avais mieux à voir. Un jour pourtant, il me prête la première saison de New Who. Un soir, alors que je m’étais préparé une purée à réchauffer au micro-ondes, je lançai le premier épisode. Le mystère autour du Docteur qui apparait dans plusieurs époques m’intrigue pas mal sur le moment. J’apprécie le personnage de Rose qui est proche de mon âge à l’époque (à peine plus âgé en fait) auquel je m’identifie pas mal. Et là, le Docteur fait son discours sur le fait qu’il ressent le cosmos, la Terre qui tourne sous ses pieds et BAM, je me prends la claque.

 

Je dévore la saison et je retourne chez mon frère en mode : euh, donne le reste et grouille toi. Je suis hooked. Bien plus que lui d’ailleurs.

 

Après quinze ans, je commence à cerner pourquoi j’aime Doctor Who et pas seulement les bons épisodes, mais aussi les mauvais, même les pires, même ceux qui vont à l’encontre de mes valeurs. Je suis quelqu’un qui traverse des états dépressifs. J’ai du mal à m’apprécier tel·le que je suis. Le sentiment de culpabilité, c’est ce que je connais le plus, pour tout et rien, et pourtant je n’ai jamais franchi les règles parce que le simple fait de l’imaginer, je stresse sur plusieurs générations. Quand le monde va mal (presque tout le temps donc), quand ma famille ou mes amis vont mal, quand j’ai l’impression d’être une mauvaise personne à cause de ce sentiment de culpabilité que des traumas fait ressentir, j’ai l’impression que ma vie va s’arrêter. J’ai l’impression que soit on va tous mourir, soit je vais mourir, soit je vais être obligé·e de me retirer de la société. Je n’ai soudainement plus aucun espoir. C’est un sentiment d’une profondeur inouïe, insondable et d’une violence extrême. C’est la noirceur totale. C’est comme si soudainement il n’y avait plus d’avenir et que le passé était horrible à tous points de vue. Je sais que c’est mon esprit qui me joue des tours dans ces moments-là, mais le savoir rationnellement ne m’empêche pas de le ressentir. Je ressens la certitude d’un mal permanent.

 

Doctor Who, pour moi, représente l’impermanence non pas dans son fond, mais dans sa forme. Et ça me donne de l’espoir. Dans son fond, évidemment, beaucoup d’épisodes parlent d’espoir. Mais il y a pourtant plein de mauvais épisodes. Le fait que ce soit une série qui décide de ne pas s’arrêter, de dire que quoi qu’il arrive, ça continue. Même si le personnage change de visage, même si les histoires se contredisent, même si les valeurs sont temporairement mauvaises, même s’il n’y a plus de budget, même si ça s’arrête pendant quinze ans ou plus. C’est un projet qui dit non à la fin de l’avenir. J’en retiens personnellement et ça n’engage que mon ressenti personnel, que Doctor Who dit toujours que si, il y aura un avenir, peut-être pas le meilleur, peut-être le meilleur, peut-être dans longtemps, peut-être demain, mais il y aura un avenir. La forme de la série ne me vend pas un espoir factice où tout sera toujours pareil dans une nostalgie d’un bon vieux temps qui n’a jamais existé. Même dans ses pires errements, elle a su continuer. Parce que les gens qui l’aiment ont su la faire continuer. Parce que rien n’est permanent, tout change, rien ne s’arrête, tout continue.

 

L’avenir de la série, c’est son passé avec des épisodes à retrouver ou à reconstruire, c’est son présent avec tous pleins d’histoires parallèles en audio, livres, comics, et autre, et c’est son futur avec un potentiel qui va arriver. Quand Robert Shearman a dit que Doctor Who n’avait jamais été aussi mort qu’après le dernier plan de The Reality War, je comprenais totalement ce qu’il voulait dire. Mais quand bien même ça aurait été le dernier plan de la série, imaginons, ça aurait voulu dire que la série se serait terminé sur un plan qui disait à nouveau : non, il n’y a pas de fin, et non, ce n’est pas quelque chose qui a déjà été fait. Ça ne veut pas dire que c’est un bon choix ou pas, je ne parle vraiment pas de ça du tout. Mais juste de l’énergie qui se dégage du geste. Peu importe ses motivations.

 

Donc voilà pourquoi Doctor Who est ma plus grande passion. Contrairement à pleins d’autres programmes, et pourtant je suis très cinéphile et pas mal sérivore (ça existe ce mot ?), je sais que même quand Doctor Who me déplait, j’ai hâte de regarder, j’ai hâte de la petite info qui va arriver. Ça me rapproche de l’espoir que j’ai à l’intérieur et qui peut parfois se ternir. Ça me permet de me dire que même quand tout va mal, ça veut dire que je suis en vie, que le monde est en vie et que ça va continuer, peu importe comment, parce que ça, c’est hors de mon contrôle. Ça me rappelle que tout est impermanent.

 

nel