Boom, croyant un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout

Publié le 15 avril 2026 à 09:52

S01E03 – 18 mai 2024

Le retour de Moffat à l’écriture, le retour des prêtres militaires, le retour de Villengard, le retour du fish fingers and custard. Boom est l’épisode du retour à bien des égards. C’est aussi l’épisode du retour à une planète extraterrestre après six épisodes et deux régénérations. Bon, la planète est sous la fumée et dévastée, certes, mais c’est une planète ! Quand l’épisode est sorti, je ne savais pas que c’était Moffat qui avait écrit, mais sa patte est si reconnaissable que je l’ai tout de suite senti. Mais alors que vaut cet épisode de tous les retours ? Souffre-t-il des mêmes problèmes que les épisodes précédents du Quinzième Docteur et offre-t-il les mêmes qualités ?

La réponse est globalement non malgré quelques écueils que l’épisode s’efforce pourtant d’éviter et c’est tout à son honneur. Pour faire simple, le Docteur et Ruby débarquent sur un champ de bataille où des anglicans militaires se battent contre l’espèce locale que personne n’a vu à travers les fumées et le brouillard ambiant. Le Docteur marche sur une mine et pour ne pas terminer en saucisson sec sous vide, il doit trouver comment la désamorcer en bougeant le moins possible. C’est donc un exercice de style vraiment complexe que se donne ici Moffat : faire un épisode avec le Docteur qui ne bouge pas. Soit un exercice difficile, soit au contraire une astuce pour que la contrainte rende son imagination fertile. En tout cas, c’est à nouveau une volonté de cette saison de déjouer un peu les codes de la série qui est connue pour voir le Docteur courir. Par contre, un autre code revient, celui du décor de champ de bataille dans une carrière de gravats : le décor est bien sûr bien plus travaillé et beau que cette description que j’en fais, mais on sent l’influence de cette tradition fort appréciable.

 

Se pose alors plusieurs contraintes d’écriture et de réalisation : le Docteur doit exister sans bouger, le lieu de l’action est extrêmement restreint, le type d’actions possibles n’est pas énormément diversifié et on sait très bien à peu près comment ça va se finir donc il faut réussir à faire monter la tension tout en sachant que malgré tout, le Docteur ne peut pas mourir. Si c’était Ruby sur la mine, les enjeux d’écriture n’auraient clairement pas été les mêmes. Il y a un monde où le Docteur détruit tout plein de gens dans cet épisode et on a presque envie de savoir si ça ne lui est pas déjà arrivé, à force de courir partout, de juste tout faire péter et d’en ressortir traumatisé.

 

Ce que cet épisode réussit c’est aussi de nous donner envie d’en savoir plus sur ses personnages secondaires. Le petit monde qui vit dans une sorte de camp militaire où sont présents des enfants (pourquoi ? ils ont des vaisseaux donc, pourquoi mettre les enfants en danger ?) est plutôt bien représenté et on aurait envie de revoir ces personnages. Personnellement je ne suis pas un·e immense fan des militaires ou des religieux donc les deux en même temps, ça ne me passionne pas de fou, mais voir ce peuple-là évoluer un peu plus au cours de l’épisode aurait peut-être ajouté de l’enjeu. Malgré tout, Moffat et l’équipe de réalisation choisissent plutôt de faire une sorte de pièce de théâtre Doctor Who avec un lieu et un temps unique. Pourquoi pas ! Le rythme est bon, les dialogues sont ciselés (peut-être un peu trop moffatien par instants, ce qui crée une déconnexion avec les épisodes précédents), les jeux d’acteur·ices sont superbes.

 

Le seul petit souci que j’ai pu avoir dans cet épisode est le discours qui finalement va un peu dans tous les sens. Représenter les enfants comme des nigauds qui n’ont plus du tout le sens de la vie et de la mort parce que les photos souvenirs ça les distrait facilement (alors que la gamine a au minimum 10 ans), ça entre en contradiction avec le fait de bien présenter la religion comme une sorte d’aveuglement de masse. Représenter les IA comme un danger à cause des compagnies capitalistes derrière et pas en tant que telles, c’est un peu en contradiction avec le fait de considérer la religion comme quelque chose de très individuel alors que c’est aussi un objet de manipulation des puissants. Tout ça est présent et je ne fais pas de gros reproches à l’épisode, mais il se frotte à tellement de sujets en même temps, que c’est forcément délicat de correctement les traiter.

 

C’est aussi une manière de poser des questions plutôt que de donner des réponses et c’est très appréciable. Très clairement, l’épisode est anti-IA. Je partage cette opinion, donc forcément, ça me séduit de prime abord. Mais il pose la question de pourquoi c’est dangereux et ne se contente pas d’en rester à un constat d’opposition sans réflexion. Pareil pour la religion, bien que je ne comprenne pas trop pourquoi le Docteur retourne un peu sa veste : la religion c’est affreux et il déteste, mais au final, c’est bien de croire en quelque chose quand même hihi lol. La notion de religion n’a pas grand sens dans cet épisode et on sent bien que c’est un sujet qui travaille Moffat puisqu’il en parle très souvent. C’est dommage que ça ne puisse pas être approfondi et que le message soit un peu flou à la fin.

 

Ça reste un épisode très solide qui permet de vraiment donner au Docteur un style bien à lui parce qu’il peut s’appuyer grâce à l’écriture sur ce qui vient avant pour se propulser. On le voit au fur et à mesure s’approprier le langage, les mimiques, les mouvements. Gatwa propose une composition vraiment tout en subtilité ici et il s’éloigne de ses prédécesseurs.ses tout en créant le lien. Ruby a de plus en plus cette place d’aventurière qui remet le Docteur à sa place et c’est vraiment plaisant à voir. Les personnages s’affirment enfin !

 

Voilà l’analyse du déroulé de l’épisode un peu plus féroce et détaillée pour celleux que ça intéresse : ANALYSE COMPLETE DE BOOM

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