Season One - Episode 01 – 11 mai 2024
Cet épisode est relativement douloureux à regarder pour ma part. Il y a pourtant de bonnes choses dedans, mais l’humour général me rappelle par trop d’aspects l’humour qui entoure les Slitheens : c’est scato, c’est censé faire rire les tout petits mais en les considérant comme des neuneus et toute l’esthétique autour de la morve et du caca…c’est pas mon truc. Voilà, je l’ai dit. Cet épisode va donc nécessiter un self-control de ma part pour en faire une analyse qui ne vire pas à la critique facile. Il s’agit officiellement du troisième épisode du Quinzième Docteur, mais c’est le premier épisode de sa première saison. C’est également le premier voyage dans le TARDIS qu’il effectue avec Ruby. C’est donc la première fois qu’on voit ce Docteur voyager et la série doit donc, pour lancer cette nouvelle ère, montrer le fantastique potentiel du concept. Est-ce donc à la hauteur ?
Bon, simplement, la réponse est un semi-non me concernant. Le démarrage de l’épisode joue un peu ce rôle magique de montrer que le Docteur et le TARDIS peuvent se rendre n’importe où n’importe quand, donc on voit bien que cette notion est en tête à la conception de l’épisode. Néanmoins, l’ensemble manque un peu d’imagination et le choix de la première aventure n’était peut-être pas le meilleur à faire, bien que toute la thématique soit pourtant assez judicieuse.
Le Docteur montre à Ruby que le TARDIS voyage dans le temps et l’espace en l’emmenant…au temps des dinosaures. Wahou. Original pour une machine à voyager dans le temps. L’idée est évidente et efficace, mais quitte à mettre les acteurs face à un fond vert, autant le faire changer deux ou trois fois pour montrer la fourchette possible de voyages, avant d’atterrir dans l’aventure proprement dite.
Et l’aventure proprement dite se passe dans un vaisseau en orbite, qui ne bouge pas, avec des bébés et dans des couloirs sombres. Tout est relativement bien fait à quelques exceptions près, mais c’est un choix qui bloque un peu l’imaginaire de la série. A nouveau, comme dans l’épisode précédent, la mise en scène narrative est assez pauvre. A titre de comparaison, même si c’est injuste en termes d’analyse, l’épisode où Rose voyage pour la première fois la mène dans un vaisseau avec des dizaines d’extra-terrestres différents. Rien que ça, ça montre le potentiel de la série, alors que ça se passait aussi dans un vaisseau unique immobile. (enfin une station mais bon.).
Ensuite, toute l’esthétique de l’épisode repose autour d’un concept plutôt sympa en soi, mais dont l’exécution peut ne pas plaire à tout le monde. En gros, les bébés créés par une « baby farm » dans un vaisseau ont peur d’un monstre qui vit dans les sous-sols et que le vaisseau a créé parce que les enfants ont besoin de fiction et notamment d’avoir peur. Alors, ok, pourquoi pas, mais du coup…pourquoi le vaisseau n’a pas créé d’autres choses dont les bébés ont besoin en termes de fiction ? Cet aspect n’est pas très clair pour ma part. Mais je passe dessus parce que je sens bien que l’épisode essaie aussi de montrer le concept basique de Doctor Who à savoir, le Docteur qui sauve des gens d’un monstre incompris et mystérieux dans des couloirs étroits.
La mise en scène est correcte mais sans plus. Il y a malheureusement des effets visuels de mouvements de caméras et de montage rapide autour du monstre qui font un peu vieillot au moment de la sortie de l’épisode. Toutes les inspirations provenant d’Alien sont digérées et réemployées un peu telles quelles, mais c’est efficace. Les petits mystères au fur et à mesure de l’intrigue sont implantés correctement et on se laisse prendre par l’histoire. C’est over the top, mais c’est du Doctor Who en soi. Peut-être que ce sont les réactions exagérées des personnages qui empêchent de prendre vraiment l’épisode au sérieux pour ma part.
Un gros point noir pour moi dans l’épisode est le début avec le Docteur qui explique tout le concept. C’est raconté de façon très lourde et ce n’est franchement pas un dialogue agréable à dire pour l’acteur. Plutôt que de faire le choix de montrer les choses, de les faire découvrir par le visuel et l’aventure à Ruby, la série choisit depuis l’épisode précédent de tout faire passer par des lignes de dialogues ultra-explicatives. C’est assez étonnant, mais à nouveau, on a l’impression que les personnes en charge ont peur que ce ne soit pas assez explicite pour le nouveau public. Sauf que c’est comme les enfants qui n’ont pas besoin qu’on les fasse rire avec des prouts, le public peut s’en sortir très bien sans qu’on le prenne pour un neuneu.
Voilà donc pour mon analyse point par point. C’est un épisode qui ne me passionne pas et que je n’aurais pas forcément placé là dans la saison. Mais les petits twists sont plutôt bien amenés et c’est appréciable de voir le Quinzième Docteur prendre petit à petit son rôle à bras le corps.
Voici ensuite pour celles et ceux que ça intéresse, un déroulé de l’épisode plus détaillé avec mon ressenti et mes réflexions toutes personnelles. SPOILERS À PARTIR DE LÀ
Tout commence par la tirade du Docteur qui explique longuement qu’il s’appelle le Docteur parce que les gens l’ont appelé le Docteur et du coup son nom c’est le Docteur et Ruby peut l’appeler le Docteur et… woaaaah, ok, pigé. Il explique aussi qu’il vient de Gallifrey, que toute la planète est morte, qu’il est le dernier, bien qu’il soit adopté. Last of the timelords. Certes. Il dit aussi que le circuit caméléon fait que le TARDIS avait pris la forme d’une police box en 1963 : encore une fois, ne pas le dire aurait peut-être amené un peu plus de mystère autour du personnage pour les nouveaux spectateurs, offert des possibilités de découverte petit à petit. Mais le choix est fait de tout balancer dans un monologue rapide. Pourquoi pas ?
Lorsque le TARDIS se dématérialise, les personnages s’envolent un peu au-dessus du sol et l’effet est vraiment sympa pour le coup ! Ils atterrissent chez les dinos et la blague récurrente sur le fait de marcher sur un papillon et changer le cours de l’histoire est mentionnée à nouveau après plusieurs occurrences par le passé dans la série. Ce qui est cool, c’est que pour une fois, la companion marche vraiment sur un papillon. Le seul truc incompréhensible pour ma part c’est que le Docteur fait revivre le papillon en lui soufflant dessus…donc le Docteur est vraiment magique ? La vraie ligne de dialogue vraiment fun est celle concernant le « butterfly compensation switch » qu’il aurait oublié d’activer avant de sortir. Ça c’est plutôt Doctor Who dans le ton.
Arrivés enfin dans un vaisseau en orbite, le Docteur dit que le circuit caaméléon est cassé, mais on ne fait rien de cette info. Pas même une blague sur le fait qu’il ne sait pas le réparer par exemple. C’est un peu dommage.
La suite active enfin un peu de curiosité : un monstre apparait et leur fait peur et le Docteur court, effrayé. Ça l’étonne beaucoup, il n’a pas peur d’habitude ! (enfin c’est ce qu’il dit mais bon, on l’a déjà vu avoir peur en soi). Alors qu’il s’interroge, ils débarquent dans une babyfarm avec des bébés dans des jarres : c’est ultra creepy et pose donc la question « à qui l’épisode s’adresse-t-il ? ». Si on est sur un épisode plus pour enfant, est-ce que montrer des fœtus dans du formol c’est une bonne idée ? Niveau trauma, ça se pose là quand même. Mais bon, mettons.
Le Docteur se lance alors dans une explication de sa vie : finalement, ne plus avoir personne, c’est pas si triste, ça lui permet de ne pas avoir de boss, de faire ce qu’il veut de sa vie, d’avancer un jour après l’autre. Là, en filigrane, il y a une thématique qui est vraiment intéressante. Est-ce que ce Docteur est en train de parler du deuil ? Est-ce qu’il n’est pas en train de dire que, loin d’être soigné comme normalement il devrait l’être après la vie du Quatorzième Docteur, il est plutôt dans une sorte de dépression fonctionnelle ? Parce que vivre sans but au jour le jour en se disant qu’avoir perdu tout le monde c’est plutôt cool, ça ressemble pas vraiment à un discours hyper sain.
Bref, ensuite le Docteur explique que le TARDIS traduit tout pour son équipage. Mais là encore, il fait preuve de pouvoir magique parce qu’en tapant un hologramme avec le bras, la langue change. Oui avec le bras, pas avec son tournevis sonique qui pourrait justifier la chose, avec son bras. Donc, ce Docteur a des pouvoirs vraiment étonnants !
Il donne un forfait time and space au portable de Ruby comme il l’a déjà fait par le passé, bien que franchement ce n’était pas méga utile. Elle s’interroge en soi, mais elle n’a pas l’air flippée ou stressée. Tous ces éléments manquent vraiment de mise en enjeux en fait. C’est juste posé là parce qu’il le faut pour rassurer tout le monde. C’est à nouveau un peu dommage. Et c’est peut-être un des problèmes les plus prégnants pour l’instant dans ces nouveaux épisodes.
Ils sont interrompus par un bébé, Eric, qui arrive en poussette et qui parle. Ils pensent qu’ils sont « mommy » et « daddy » puisque c’est un thème qui va vraiment être récurrent pour ce Docteur. C’est donc assez intéressant que ce soit placé dès le début de sa première saison.
La musique à nouveau surligne un peu tout et est peut-être trop présente, mais c’est un détail. On découvre ensuite la voix d’un ordinateur qui s’appelle Nanny et qui s’occupe des bébés, notamment en les faisant se moucher. Bon, là, j’ai un souci. Les bébés de cet âge, avec le mouvement présenté, ne peuvent vraiment pas se moucher comme ça avec des kleenex. Il leur faut même très certainement un mouche-bébé. C’est pas grave hein, mais comme c’est quand même significatif dans l’épisode par la suite, on dirait que cette scène a été modifiée pour ne pas être terrifiante (quiconque a utilisé un mouche-bébé sait que c’est insupportable à faire et à regarder donc des mouche bébés automatiques qui viendrait aspirer le nez de ces bibous, ce serait flippant à l’image, mais ça servirait aussi le récit).
Le Docteur et Ruby découvrent l’existence du Boogeyman. Mais là où c’est bizarre c’est que le Docteur prend un plaisir un peu malsain à faire peur aux bébés avec le Boogeyman. Euh…pardon ? C’est vraiment pas le Docteur de faire un truc pareil ! On dirait qu’il a pété un câble !
Dans un couloir, Ruby et le Docteur parlent sérieusement et Ruby fait neiger rien qu’en pensant au fait qu’elle aimerait rencontrer sa mère biologique. C’est impressionnant et plein de promesses ! Mais qui est donc Ruby ???
Mais pas le temps de s’attarder là-dessus, parce que la Nanny se révèle être une vraie personne cachée dans un placard depuis des années qui demande de l’aide à la team TARDIS. Elle parle de la peur de mourir et de voir les bébés mourir ce qui rejoint un peu l’idée que ce Docteur est vraiment dans une ambiance qui respire la mort, le deuil et ce qui s’y rapporte.
Tandis qu’ils papotent, ils voient sur un écran que bébé Eric s’est lancé dans une mission suicide pour aller killer du Boogeyman tout seul. Mauvaise idée Eric ! Mauvaise idée ! Ruby et le Docteur s’empressent d’aller le sauver et là l’épisode assume totalement son côté cartoon et déjanté puisque les autres bébés débarquent avec un lance-flamme !!!
Le Docteur analyse le slime qui se déverse sur Ruby et c’est rigolo parce qu’en fait c’est de la morve… Parce que Boogey ça veut dire crotte de nez. Donc c’est un vrai monstre de crottes de nez parce que l’ordinateur a pris le concept au pied de la lettre. Yes. Si personne n’avait fait le jeu de mot entre boogeyman et la morve avant ça dans une œuvre audiovisuelle, c’est parce que c’était pas utile…mais merci…
Nanny enferme le monstre dans un airlock pour l’envoyer dans l’espace. Le Docteur est le seul de sa planète à exister (bien qu’il croise ses congénères toutes les deux saisons) et du coup il se prend d’affection pour la morve vivante puisqu’il s’y reconnait. Mouais, allez, ça peut se tenir mais c’est un peu tiré par les poils de nez. Il veut la sauver quitte à se mettre en danger de mort. Il rentre dans le airlock. La scène est bien faite pour le coup.
A la fin, la Nanny retrouve enfin les bébés et…le monstre aboie comme un loup parce que... ? Le Docteur et Ruby décident d’oublier que ça reste un monstre avec des dents aussi longues que les bébés qu’il menacent, mais bon. Et là, le moment que je déteste le plus probablement : le docteur a l’idée d’utiliser les couches sales des bébés pour faire un gros prout qui permet au vaisseau de partir vers leur planète. Yes.
Le docteur donne une clé du TARDIS à Ruby après son premier voyage et ça témoigne du fait qu’il a vraiment évolué puisqu’il donne sa confiance plus vite et accepte de vivre la vie plutôt que de se fermer comme d’habitude. Ruby décide donc qu’après une aventure avec de la morve elle veut prendre la clé et rester avec le Docteur. Pourquoi pas. L’alchimie entre les deux est pour l’instant assez relative et semble un peu forcée mais ça commence à venir doucement. Le Docteur lui explique qu’il ne pourra pas l’emmener voir sa maman. Mais Ruby dit que si parce que sa Maman, c’est Carla, sa mère adoptive : cute. Le docteur détruit à nouveau le plafond chez Carla parce que se matérialiser dans la rue c’est surfait. Puis, tout seul dans son TARDIS, il affiche une analyse de l’ADN de Ruby sur un mur pour bien montrer qu’il y a un mystère la concernant. Mystérieux. Du jamais vu.
On termine donc un épisode qui offre une vision un peu étriquée mais efficace de ce que peut être Doctor Who. L’esthétique pipi caca est vraiment lourdingue et n’apporte pas grand-chose. Les acteurs prennent doucement leurs marques et l’intrigue fil rouge se développe tranquillement et de façon originale. Mais il y a encore du boulot pour que cette saison démarre vraiment. La vraie question que cet épisode pose est celle du public visé. Difficile de vraiment savoir ce que veulent les créateurs de la saison à ce stade.
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