S01E02 – 11 mai 2024
Tâche ardue que d’analyser cet épisode plutôt apprécié de cette première saison du Quinzième docteur car mon appréciation a beaucoup évolué depuis mon premier visionnage à l’époque de la sortie, mais malheureusement pour beaucoup se ternir. Néanmoins, ce nouveau visionnage m’a fait prendre conscience d’un problème commun aux épisodes précédents et probablement aux épisodes suivants. Cet élément d’analyse m’a confronté à la raison pour laquelle quelque chose cloche dans ce nouvel univers qui nous est présenté depuis quelques épisodes. Quelque chose qui, s’il avait été filé et utilisé, aurait pu être absolument grandiose, mais qui n’était probablement pas voulu et devient donc un gros souci. Ce problème tient en un mot : vide. Non pas vide de sens ou de fond, mais vide dans la forme et dans l’esthétique.
Je pense que ce problème est en partie dû à l’écriture mais encore plus à la production. Un projet immense comme Doctor Who, aussi connu, et avec un acteur aussi célèbre que Ncuti Gatwa a peut-être fait les frais d’une volonté de tout cacher sur le tournage, pour ne rien spoiler. Pourtant, on ne peut pas dire que la série n’a pas déjà été trop grosse et populaire : elle s’y est confrontée dans les années 2000 et 2010, et tout s’est bien passé. Alors il y a eu ici peut-être des choix de production différents de ces autres époques, parce qu’entre-temps internet a évolué, la capacité des gens à prendre des photos à évolué, etc. Et même si ce n’est pas justifié, la production a peut-être voulu prendre beaucoup trop de précautions.
The Devil’s Chord est une illustration parfaite de ce souci : les personnages évoluent dans des décors vides. Littéralement. Il n’y a personne dans les rues. Il n’y a personne dans les couloirs. Il n’y a personne nulle part. Et quand il y a quelques pauvres figurants, ils n’existent pas, n’ont pas d’impact sur la scène et ne subissent aucune conséquence des actions des personnages. Pourtant le concept de cet épisode est génial. C’est un concept très fort et que permet le virage « magique » qu’opère la série. Elle l’aurait fait par le passé, mais sans aller jusqu’à certains délires visuels assez rafraîchissants.
Au premier visionnage, en pleine hype, ça peut paraître vraiment très chouette, mais plus je le revois et plus je me dis que ce vide est trop palpable, même dans la mise en scène. Au-delà des décors vides, on se retrouve face à des plans de figurants aux fenêtres par exemple, qu’on ne peut même pas localiser et qui sont des plans fixes. On voit Londres de haut, comme si le Docteur la surplombait en disant « je suis là-bas, dans un junkyard, avec ma petite fille », comme pour dire « je ne suis pas ici ». On voit un antagoniste surpuissant qui n’attaque qu’une personne en dehors des héros. Et enfin, on voit encore et toujours le Docteur et Ruby face à un fond vert d’un Londres cette fois-ci ravagé et…vide.
Alors que Ruby et le Docteur décident d’aller voir les Beatles enregistrer leur premier album, ils découvrent que la musique a semble-t-il disparu, que les gens n’en font plus, ou en font seulement de la très mauvaise. Les Beatles existent mais n’ont pas envie d’exister au fond. Parce que Maestro, une des divinités du Panthéon auquel se confronte le Docteur depuis peu, vole la musique à l’intérieur des gens pour s’en nourrir, rendant le monde triste et provoquant petit à petit la mort de l’humanité. C’est basique, mais c’est une thématique qui mérite d’être traitée et qui peut donner quelque chose de très intéressant en soi.
L’esthétique de l’épisode (à part le vide) est plutôt sympathique : Maestro est haut en couleur, les notes de musique apparaissent dans les airs, les notions d’espace sont transgressées par Maestro, la musique est tantôt intradiégétique tantôt extradiégétique et tout se mélange. C’est audacieux dans le bon sens du terme. Mais le scénario se casse un peu la figure, comme un mille-feuille lorsqu’on le mange qui se met à partir de traviole à chaque étage. Parce que rien n’a de sens malheureusement : personne n’aime la musique, et pourtant des gens en font en se forçant à le faire (pourquoi ? ils ont encore des radios et des tourne-disques ? alors qu’ils n’aiment pas la musique ?) ; ils semblent avoir peur de la bonne musique, mais personne ne connait Maestro, iel agit en secret, donc pas besoin d’avoir peur ; si la musique commence à disparaître des cœurs dès le début du siècle comme le montre la scène d’intro, alors comment se fait-il qu’après déjà plusieurs décennies, rien n’ait trop changé ?
Autant de soucis que le scénario évite totalement. Rien que pour la dernière remarque, une solution semblait évidente : soit faire apparaître Maestro au début de la vie des Beatles, du groupe, soit se concentrer sur le professeur du début et ne pas forcer l’apparition des Beatles. En plus, que ce soit les Beatles ne change rien à l’épisode. Ça pourrait être n’importe quels musiciens puisqu’il n’est pas particulièrement question de leur musique à eux. D’un point de vue de production en revanche, ça change beaucoup puisqu’on peut annoncer que « le Docteur va rencontrer les Beatles ».
Mais alors, pourquoi cet épisode n’est pas un mauvais épisode non plus ? Parce qu’il tente des choses et qu’il dévoile un peu plus, à ce stade, la dynamique de cette nouvelle ère. A savoir un moment de la vie du Docteur où il a peur. Le Docteur avait besoin, pour renaître un peu de ses cendres, d’être bousculé. Et c’est bien le cas ici dès le premier épisode de la saison (Space Babies). Le Docteur a peur et fuit. Alors pour beaucoup, ça peut être une erreur de faire ça, mais dans l’idée, c’est une construction de personnage plutôt intéressante. On sait bien à l’heure où j’écris cette analyse que malheureusement Gatwa n’a pas pu avoir suffisamment de saisons pour aller au bout de cette arche, mais à ce stade, c’est plutôt bienvenu. Voilà un Docteur qui ne sait pas vraiment comment faire, qui doute, se trompe, prend des risques inconsidérés. En somme un Docteur qui n’est pas en danger parce qu’il sait et qu’il croit être le meilleur comme pas mal de ses prédécesseurs, mais l’inverse, un Docteur qui se retrouve plongé dans un univers qu’il ne connait pas et où les règles ont changé.
Le démarrage de l’épisode est extrêmement solide, son déroulé est esthétiquement plutôt joli à regarder, mais le scénario et le mystère ne tiennent pas vraiment debout malheureusement. Jinkx Monsoon, qui joue Maestro, est fantastique, mais sous-utilisé·e, ou mal utilisé·e. C’est donc un épisode qui a tout pour être un des meilleurs de la série mais qui se loupe dans un choix précis : l’apparition des Beatles. Il y a deux épisodes en un finalement. Soit un épisode sur Maestro, soit un épisode sur les Beatles, mais les deux en même temps, c’est sûrement ce qui empêche cet épisode d’être magistral.
Si vous souhaitez en savoir plus sur cet axe de réflexion, vous pouvez découvrir la suite de mon analyse, cette fois-ci plus en détail sur le déroulé de l’épisode et à ce qui en ressort : ANALYSE COMPLETE DE THE DEVIL'S CHORD
Ajouter un commentaire
Commentaires