Dot and Bubble, plus de vivre ensemble

Publié le 22 mai 2026 à 14:06

S01E05 – 1 Juin 2024

Cet épisode m’a été si difficile à appréhender à chaque visionnage que j’ai retardé longuement d’en faire une analyse. C’est un épisode délicat parce qu’il sort complètement des clous de la série Doctor Who. Il décide de mettre au premier plan et en surtexte ce qui a toujours été, au mieux, relégué à la métaphore, au second plan.

Au cours du premier voyage de Martha avec le 10e Docteur, voilà ce que disent les personnages.

MARTHA : I'm not exactly white, in case you haven't noticed?

THE 10TH DOCTOR : I'm not even human, walk about like you own the place, works for me. Besides, you'd be surprised... Elizabethan England, it's not so different from your time.

Martha a tout de suite l’intuition qu’en tant que personne racisée dans le passé, ça va mal se passer pour elle. Mais le Docteur balaie ça d’un revers de main, d’un bon mot astucieux et hop, l’aventure peut se lancer sans qu’on ait à se soucier d’un sujet vaguement important à savoir LE RACISME.

 

Flashforward à la saison 14, retour de RTD aux commandes de la série et cette fois, le Docteur est une personne racisée. Alors, est-ce qu’il peut toujours « se balader comme si l’endroit lui appartenait » ? Est-ce que son conseil à Martha tenait vraiment la route ?

 

Quatre épisodes sont passés dans la saison désormais. L’ambiance de cette nouvelle ère a été introduite, il a déjà été bien admis que le Docteur n’a plus vraiment sa place et n’a plus vraiment d’impact dans ce monde qui, en vingt ans, a terriblement changé et pas toujours pour le meilleur. Maintenant, qui est le Docteur et pourquoi n’a-t-il plus sa place ? Ce sont désormais, a priori, les questions à se poser. Et cet épisode qui a beaucoup plu, tombe à point nommé. Je me suis beaucoup demandé pourquoi cet épisode avait autant plu quand il est sorti. Je l’avais trouvé très fort, au propos saisissant et à la fin puissante, la première fois, tout en étant déçu·e de ne pas beaucoup voir le Docteur. Au second visionnage je lui avais trouvé une forme de rip off peu intéressante d’une série qui me pose pas mal problème : Black Mirror. Je l’avais balayé d’un revers de main, d’un bon mot astucieux. Comme c’est le cas de beaucoup d’autres fans à propos d’autres épisodes du 15e Docteur. Ce qui est bien avec le temps, c’est que les avis évoluent, les réactions changent, les analyses s’affinent.

 

Les deux saisons du 15e Docteur terminées, j’ai revu cet épisode plusieurs fois et il a fait son chemin dans mon esprit. En général, chaque épisode grandit en moi mais celui-ci a plutôt pris des détours dans tous les sens. Je n’arrivais pas à le cerner. Cette analyse n’est donc pas là pour dire que j’ai trouvé la « vérité » sur cet épisode, mais plutôt pour donner les clés de lecture qui m’ont accompagné en le regardant avec attention.

 

Au premier abord, c’est un épisode qui semble dire que la technologie rend bête les jeunes générations… jusqu’à montrer qu’en plus, les gens bêtes, sont racistes et/ou vice-versa. Si on s’en tient à ça, cet épisode est bête et ne m’intéresse pas beaucoup. Ce serait un discours réactionnaire un peu bas du front. C’est ce qui m’avait embêté lors de mon deuxième visionnage. Avais-je tort ? J’ai décidé de le revoir bien plus tard pour en avoir le cœur net. Et en entrant plus dans le détail, j’ai décelé d’autres éléments.

 

Dot and Bubble se concentre sur un monde dans lequel seuls des jeunes vivent, toujours entourés d’écrans holographiques au point de ne pas regarder l’environnement proche autour d’eux. Quand la protagoniste, Lindsy, rencontre par biais de ses écrans, le Docteur et Ruby, elle découvre peu à peu que des grosses bébêtes baveuses mangent les gens autour d’elle et qu’il va falloir qu’elle parvienne à s’échapper. C’est simple mais pas tant que ça au final. Parce que Dot and Bubble présente un monde dans lequel le Docteur ne peut pas entrer. Il ne peut s’y présenter que par le biais d’un écran. Ecran qu’il utilise pour créer une illusion puisqu’il fait semblant de ne pas être avec Ruby afin de ne pas brusquer la protagoniste. Le monde de Dot and Bubble pourrait bassement être une métaphore des jeunes qui regardent trop les écrans. Mais on pourrait aussi le voir par un autre prisme de réflexion. Celui où les écrans sont l’esthétique nécessaire pour parler d’un monde où le Docteur n’est qu’une illusion, une série télé qui ne nous parvient que par un écran. On a beau l’entendre, on préfère ne pas trop l’écouter quand-même parce qu’il est gentil, mais ce qu’il fait est impossible. D’ailleurs, tout n’est qu’illusion dans une série de science-fiction, alors pourquoi lui faire confiance ? Pourquoi faire confiance au Docteur ?

 

Dot and Bubble se rapproche donc d’une représentation de notre monde de façon extrêmement métatextuelle. Dans Dot and Bubble, le Docteur ne peut pas entrer, tout comme il ne peut pas entrer dans notre monde. C’est intéressant de voir que cette idée sera filée un peu plus par la suite des aventures du 15e Docteur. Avec ce qui a déjà été mis en place dans la saison, on sent donc que le Docteur souffre de n’être qu’un personnage de série télé dans son propre univers. Ou alors, le but est ici de le confronter à un univers qui n’est pas le sien, mais qui est plus proche du nôtre symboliquement. Parce que ce qu’on découvre au fil de Dot and Bubble, c’est qu’il ne s’agit pas tant d’un monde où les jeunes sont gavés d’écrans, mais d’un monde où tout le monde est raciste. Après 73 Yards, on ne peut pas en douter : cette saison veut s’attaquer frontalement au fascisme et ce qui en découle et qui le constitue. Mais est-ce une tâche trop ardue pour le Docteur ? L’épisode semble répondre à cette question par l’affirmative. Mais il y a une petite subtilité à cela : l’épisode dit surtout que c’est impossible d’aider quelqu’un qui ne veut pas être aidé. On peut simplement tendre la main. Mais tendre la main à des gens qui intrinsèquement préfèrent vous laisser mourir derrière parce que vous êtes « différent », est-ce que ce n’est pas aussi aider de la mauvaise façon ? Parce qu’à la fin de l’épisode, on sent bien qu’il y avait quelqu’un d’autre à sauver qui n’aurait peut-être pas réagi comme Lindsy, non ?

 

Qui plus est, l’épisode se termine quand-même sur un constat troublant : les personnes racistes ne vont pas changer même si on se comporte humainement avec elles. C’est un constat qui ne fait pas le choix d’une idée centriste molle qui dirait qu’il faut apprendre à vivre ensemble. La fin de l’épisode dit que non, vivre ensemble n’arrivera pas. Frappant pour un épisode d’une série aussi diffusée et contrainte dans son écriture.

 

La fin réserve une autre constatation : l’instinct de survie dépasse la notion d’appartenance à une soi-disant race supérieure. Ce qui prouve que ce racisme de Lindsy est un simple terreau totalement faux, une base bien solide et ancrée par pure habitude. Ce n’est pas un sentiment actif, mais passif, car quand il s’agit d’être actif, peu importe la couleur de peau pour Lindsy.

 

Mais pour explorer plus en détail tout ceci, voilà le déroulé détaillé de l’épisode. ANALYSE COMPLETE DE DOT AND BUBBLE

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