Dot and Bubble - Analyse complète

Publié le 22 mai 2026 à 14:08

Cette analyse contient des spoilers

Le début est très doux avec un plan très convenu : une protagoniste se réveille, les couleurs sont pastel et elle lance immédiatement sa « dot and bubble ». Une petite bille qui se met devant elle en suspension dans les airs et déclenche une bulle d’écrans holographiques. On y découvre des personnes tous dans des tons très pastel aussi, qui sont ses amis. Ils sont tous blancs de peau et hyper bienveillants : leur couleur de peau peut ne pas sauter aux yeux à la majorité des gens qui ne s’interroge pas sur ce qui est absent de l’image face à eux et des images en général qu’ils voient chaque jour. 

C’est déjà un discours très fort puisqu’il parle de l’invisibilisation en la provoquant chez les spectateurices. S’ensuit quelques échanges à travers ces écrans type visio : un ami à elle un peu « gothique » a remarqué que quelqu’un parmi leurs amis avait disparu. Mais son discours n’est pas du tout positif alors, comme ça soule un peu Lindsy, elle se lève et avance dans sa chambre…en suivant des flèches générées par la bulle !

 

Eh oui, comment évoluer dans le monde réel si on est entouré d’un monde virtuel… Alors qu’elle arrive à sa salle de bain, des amies virtuelles, les jumelles Rotterdam lui disent à quel point elles adorent Ricky September, ce beau chanteur blondinet digne d’un vidéo youtube insupportable. MAIS coup de théâtre (pas vraiment) Lindsy reçoit une requête non sollicitée de la part du Docteur qui apparait sur son écran et la met en garde. Lindsy trouve ça super gênant, un peu comme quand on reçoit un appel téléphonique spam, et donc ferme la fenêtre de visio du Docteur. On la voit alors kiffer sa vie face à son miroir en écoutant Ricky September tandis que dans le fond se dévoile à peine… un monstre !! C’est littéralement le concept le plus basique de Doctor Who qui vient s’immiscer dans une ambiance Black Mirror. Mais sans le Black Mirror justement. Parce que Lindsy voit un peu à travers sa bulle, c’est juste qu’elle n’y fait pas attention. Littéralement comme nous le faisons plus ou moins toustes de nos jours. Pourquoi ? Parce que c’est plus facile de virer le gars qui nous interpelle en nous disant qu’il va y avoir un danger que de s’y confronter.

 

Après le générique, on découvre donc un dôme au beau milieu d’un monde forestier random. La caméra filme ensuite ce dôme qui est à nouveau donc une représentation de bulle, ce qui file totalement la métaphore centrale de l’épisode. A l’intérieur de ce dôme se fait entendre une voix publicitaire qui dit à quel point il fait bon vivre à « finetime ». Le présentateur en hologramme sur les immeubles dit qu’il y a un « léger » souci avec les radars météo. Cette manière de minimiser les choses reprend une façon de parler qui a l’air rassurante mais qui est en réalité très pernicieuse et qui envahit notre quotidien et les générations les plus jeunes de nos jours. Tous les éléments de langage dans cet épisode sont signifiants et ils nous rappellent que c’est la même chose pour nous dans notre monde. Notre façon de parler provient de décisions politiques qui petit à petit façonnent le monde et les individus jusque dans la formulation de leurs émotions et sentiments.

 

Lindsy marche dans sa bulle dehors, suivant toujours ses flèches et on découvre que tout le monde semble faire ça à Finetime. Tout est dans des tons très pastels, très aseptisés : il n’y a pas de débordement de quoi que ce soit dans ce monde « parfait ». Alors que Lindsy marche, un corps se fait attraper et clairement bouffer : au repas aujourd’hui, un playmobil pastel, yummy. Bizarre ces gens qui marchent dans la rue sans remarquer quelque chose de grave : ce serait comme se balader et ne pas voir les sdf qui sont en train de crever à même le sol, heureusement que ça n’arrive jamais.

 

Dans son « bureau », Lindsy retrouve dans sa bulle son ami qui insiste : quelqu’un a disparu ! Mais Lindsy trouve que c’est « pas fun » et le vire. Arrive alors notre chère Ruby qui prétend être une sorte de spam téléphonique. Lindsy a bien du courage de l’écouter, moi j’aurais raccroché. Mais Ruby est blanche et blonde peroxydée, donc Lindsy est moins embêtée qu’avec le Docteur. Elle se méfie tout de même mais explique à Ruby qu’elle travaille pendant deux longues heures chaque jour à faire du data processing : tiens donc, étonnant de la part d’un RTD qui prétend pourtant vouloir juste générer du contenu, de s’en prendre directement au concept même de data. Comme s’il présentait à l’écran des opinions bien moins fades qu’en interview. De là à dire qu’il ne faut pas toujours croire ce que les créateurices disent en interviews de leurs propres œuvres… Lindsy SAIT qu’il y a 5 personnes avec elle dans le bureau, mais elle refuse de regarder pour de vrai et tente donc d’appeler son collègue via sa bulle. Haha, comme des gens qui décideraient de s’envoyer des textos alors qu’ils sont dans la même maison ! (ça m’est jamais arrivé… hum…). Ruby insiste : sors ta tête de ta bulle Lindsychou. Mais Lindsy trouve cette idée insultante ! Son pote gothique insiste également. Lindsy prétend qu’elle « peut faire ce qu’elle veut » mais pas retirer sa bulle, parce que ça l’énerve. Un peu comme un fumeur qui peut arrêter quand il veut mais qui ne préfère pas. Un peu comme nous tous qui pouvons nous passer de nos téléphones, mais qui ne préférons pas ?

 

Bref, Lindsy prend son courage à deux mains (c’est éreintant de voir quelqu’un lutter pour quelque chose d’aussi simple et c’est là la force de l’épisode). Elle regarde à travers la bulle et voit qu’il n’y a personne. Elle demande où ils sont. Elle ne comprend pas : on travaille puis on joue normalement. Ben oui au final c’est bien vers ça que les nouvelles technologies tendent à nous amener, un rapport enfantin au temps et au monde.

 

A ce moment, on se dit quand même que Lindsy est insupportable. Ruby lui dit de regarder sur sa droite et elle voit alors une sorte de limace géante qu’on distingue mal. Eh ouais, son collègue a fini en sashimi pour mollusque. La musique devient alors un peu flippante. Lindsy veut juste retourner travailler, elle a peur ! Elle retire la bulle et le dot. Elle pleure et regarde avec un gros plan sur ses yeux : on vit cet épisode à travers les yeux de ce personnage difficile à apprécier et la mise en scène nous le montre bien. La mise en scène et l’écriture nous disent qu’on EST ce personnage de Lindsy et c’est très important pour la suite.

 

Elle est dégoutée et voit une personne se faire bouffer par une limace géante. Elle remet sa bulle et lance la vidéo de Ricky pour se rassurer. Comme quand je vois une horreur se passer dans les actualités et que je décide de lancer Doctor Who pour ne plus y penser et faire comme si ça n’existait pas. Encore une fois, cette saison nous dit qu’on a tort d’attendre que la fiction nous sauve. Etrange ? Pas tant que ça si on a bien suivi la saison.

 

Ruby appelle le Docteur mais Lindsy trouve ça vraiment relou. Quand le Docteur arrive, Lindsy l’accuse : c’est vrai ça après tout, il n’a jamais été là et comme par hasard, il est là quand il y a les monstres ! Et hop, un peu de théorie du complot en un simple dialogue. C’est brillant parce que c’est vraiment ce qui arrive dans la vie de tous les jours. Le Docteur, sûr de lui, lui dit qu’il va la sauver : mais le Docteur n’a jamais été aussi proche de ce qu’il est dans notre monde : une image sur un écran qui est impuissant face à l’horreur dehors. A nouveau un épisode où le docteur ne bouge pas : ça ne peut pas être une coïncidence, c’est un choix délibéré. Quand bien même il y avait des problèmes de disponibilités de Ncuti Gatwa au moment du tournage, il y avait d’autre manières de traiter la chose.

 

Le dot ne semble pas « voir » les monstres et Lindsy doit donc se lever sans la bulle et marcher sans. Elle se lève, marche en crabe puis se prend la table parce qu’elle ne sait pas marcher sans sa bulle. « I’m so stupid » dit-elle. Et là, on a à la fois envie de rire et on est pris d’une énorme empathie pour elle parce que c’est clairement mis en scène pour. En fait, on lui a retiré sa puissance de vie. Elle ne sait rien faire parce qu’on l’aide à tout faire. Ce n’est qu’une version exagérée mais pas improbable de ce que l’on vit. Lindsy rappelle donc la bulle parce qu’elle ne sait pas marcher sans les flèches. « shut up I hate you I hate you I hate you” dit-elle joliment, préfigurant la fin de l’épisode et insistant sur l’aspect enfantin de ce monde rendu débile. Lindsy part avec la bulle, attend l’ascenseur, trouve le docteur condescendant parce qu’il lui dit qu’elle est brillante. Ah tiens, intéressant : un personnage qui s’attaque à la bienveillance paternaliste du Docteur. Coïncidence ? Impossible. Tout comme James Bond a été déconstruit dans l’ère Daniel Craig, le Docteur se retrouve petit à petit démoli à son tour. Daniel Craig, Ncuti Gatwa, même destinée ?

 

Lindsy se retrouve face à une limace et n’ose pas se retourner parce que la flèche lui dit de continuer devant elle. Bon euh, Lindsy, allume un neurone s’il te plait quand même… Mais la limace l’a ignoré comme l’autre juste avant et le Docteur se demande pourquoi. Il cherche à savoir ce qui la rend différente. Lindsy, en bonne citoyenne, appelle la police mais personne ne répond. Elle sort enfin du bâtiment. Ruby et le Docteur lui demande de retirer la bulle pour regarder autour d’elle et leur décrire. Elle lui dit ‘I’m not a child’ parce qu’il lui parle avec le vocabulaire enfantin qu’elle emploie elle-même. C’est tout à fait intéressant : elle veut vivre dans un monde où elle agit comme une enfant, où tout est lisse comme un plateau de playmobil, mais elle refuse la personnalité de père patriarche du Docteur qui prend tout le monde de haut par sa bienveillance habituelle. Est-ce là une sorte de représentation de l’enfant-roi devenu adulte ? Est-ce une manière un peu réac de dire « voilà vers quoi on amène la jeunesse » ?

 

Lindsy voit plein de gens se faire manger et se cache dans un coin et reprend sa bulle. Elle ne comprend pas pourquoi la sécurité n’empêche pas les limaces de commettre ces atrocités ! Elle explique alors au Docteur et à Ruby que les enfants riches viennent vivre ici depuis la planète mère pour bosser et faire la fête. On voit la mère de Lindsy qui est la dame âgée habituelle dont le visage revient à chaque épisode et le Docteur et Ruby la reconnaissent cette fois-ci. Mais avant qu’on en sache plus, Lindsy comprend que les deux larrons sont dans la même pièce et le Docteur lui révèle que c’est vrai en se levant pour rejoindre Ruby : TRAHISON. Et encore Lindsy, reste calme, il aurait pu révéler qu’il s’était habillé en haut et qu’il était resté en caleçon en bas ! Elle dit alors que comme ils ont menti, c’est une conspiration ! Elle dit donc que ce sont des criminels ! Elle lance donc un ‘group chat’ et tous ses amis se mettent à parler les uns sur les autres. Elle les mute et leur dit qu’il en manque plein parmi eux. Elle parle avec Gothic Paul et lui révèle qu’ils se font manger mais il trouve ça ridicule. On voit alors une limace le bouffer et il disparait : pas si ridicule HEIN PAUL ???

 

Les autres crient mais en mute : c’est une belle idée de mise en scène. Rien n’a vraiment d’impact quand tout se passe à travers un écran. C’était d’ailleurs un vrai défi de réalisation pour cet épisode : réussir à être signifiant avec des images dignes de skype. Certains s’en sont moins bien sortis (war of the worlds, petit ange parti trop tôt). Lindsy dit à ses amis que le Docteur n’est pas aussi stupide que ce à quoi il ressemble, mais qu’il sera discipliné plus tard : ah…ça commence un peu à révéler ses cartes racistes... Le Docteur leur dit qu’il y a des tunnels sous la ville pour qu’ils s’y rendent et quittent Finetime afin de se mettre à l’abri. Soudain Lindsy n’a presque plus de batterie. Elle perd la connexion et du coup elle ne sait pas où aller et n’a plus sa bulle.

 

Ça y est, la mise en scène va devoir se déployer un peu. Lindsy marche dans la rue en imitant le bruit de la flèche et se prend un poteau deux fois (le même). La caméra est douce et semble l’accompagner comme on accompagnerait un bébé qui titube. Lindsy se retrouve dans une rue avec pleins de limaces et veut la traverser mais elle ne marche pas très droit donc manque de carrément rentrer dans une limace géante. « I’m so stupid » répète-t-elle. Mais la caméra ne filme pas ça avec condescendance. On assiste clairement aux premiers pas de quelqu’un et la réalisation en a conscience. Finalement, qu’arrive-t-il quand on donne sa liberté à quelqu’un qui ne sait même pas qu’il n’en a jamais eu ? Voilà comment l’épisode est pensé. Pas besoin de gros effets de manche, on s’approche de Lindsy pour ressentir sa peur face à sa propre inaptitude et ça marche du tonnerre.

 

Quelqu’un l’interpelle alors en lui donnant des indications. C’est Ricky September en blond et en os ! Lindsy est impressionnée et marche sur une musique entraînante en suivant ce qu’il dit. Elle arrive jusqu’à lui et lui prend la main avant de lui faire un gros câlin. C’était son premier câlin... Il est désolé il aurait dû demander, mais elle dit que c’est sa faute à elle. Il lui demande si c’est ok de lui prendre la main et ils partent. Deux possibilités ici dans ce choix de dialogue : est-ce que c’est pour montrer que le consentement c’est important, ou est-ce que c’est une façon de dire que ça aussi ça va trop loin, comme la technologie ? Etant donné les dérives que va connaître la série, je me pose sincèrement la question et j’espère que c’est la première option. En tout cas, la seule personne qu’elle accepte finalement de toucher c’est celle qui représente le plus un écran pour elle.

 

Ricky du mois de septembre révèle qu’il n’utilise pas toujours sa dot et que parfois il lit des livres. Lindsy trouve ça « wild ». Elle dit que c’est le meilleur jour de sa vie et il dit quand même que des milliers de personnes meurent. Mais ça ne la gêne pas trop : bon c’est assez clair que Lindsy n’est pas super altruiste. C’est étonnant comme ça peut nous choquer quand une fiction nous montre cette dynamique qu’on vit pourtant chaque jour dans notre confort devant la télé alors que les atrocités de la guerre font rage sur notre propre continent. Le but de l’épisode n’est pas de nous culpabiliser, mais de nous faire prendre conscience. C’est peut-être ce qui est de plus important dans l’ère Gatwa : prendre conscience.

 

Dans un bâtiment qui ressemble à un hall d’hôtel, ils décident d’appeler de l’aide en téléphonant à la planète mère. Lindsy se plaint du Docteur qui est impoli tandis que Ricky voit qu’il n’y a plus personne sur leur planète : les limaces ont tué tout le monde. Mais c’est vrai qu’être « impoli » si tant est que ce soit le cas, c’est grave… ça rappelle bien les discours de droite qui invisibilise les vrais problèmes en se concentrant sur des petites choses.

 

En tout cas, là, une question se pose : qui sont ces limaces ? Elles attaquent clairement des mondes volontairement, non ? Symboliquement elles représentent une menace sourde et molle de ce qu’on ne veut pas voir et qui nous fait courir de graves dangers dans la vie. C’est leur design qui permet ça et qui rappelle que les idées de science-fiction de Doctor Who ne sont pas choisies au hasard. Si c’était des abeilles géantes, ça ne voudrait clairement pas dire la même chose. Merci donc à cet épisode de redorer le blason de la série tout en s’évertuant encore à casser l’image du Docteur.

 

Mais revenons à nos blonds : Ricky emmène Lindsy dans les sous-sols. Ils courent et parviennent dans un endroit bien moins joli que le reste. Elle trouve ça « so manual ». Lui, dit qu’à l’époque les gens travaillaient et que c’était dur. Elle dit que son job à elle aussi est dur, elle a mal au doigts parfois. Eh oui, il y a des boulots qui abîment les corps plus que d’autres. Subtilement cet épisode nous dit que la jeunesse d’aujourd’hui a plus de chance. Là où c’est réac c’est que c’est pas totalement vrai, c’est surtout la jeunesse riche. Mais Lindsy vient d’une famille riche et on comprend bien que tous les gens à Finetime sont des gosses de riches. Donc Ricky aurait plutôt dû dire qu’il y a encore des gens qui travaillent durement, ceux qui créent de leurs mains les endroits où les jeunes viennent faire la fête ensuite.

 

Lindsy passe à côté de la signification politique intense de la séquence et relance sa bulle. Elle dit à Ruby et au Docteur qu’elle est avec Ricky : ils le trouvent plutôt sexy tous les deux. On en reparle quand il jouera dans Clayface ? Ricky se met à chercher le code de la porte verrouillée pour rejoindre le Docteur et Ruby. Lindsy dit qu’elle est ami avec Ricky et s’en vante : il y a là une énorme critique du monde d’internet où les relations vont très vite. C’est d’autant plus intéressant que c’est un épisode qui a été apprécié par un fandom qui est souvent sur internet également. En voyant l’épisode, je pensais que justement le fandom se sentirait offusqué, mais je pense qu’en fait, cet épisode vient confirmer ce que les plus jeunes générations savent déjà. On adore internet, là n’est pas le problème, mais les gens derrière nous manipulent et nous font du mal en nous retirant notre puissance d’être humain. Alors ce genre d’épisode vient nous dire qu’on est comme Ricky, qu’on est capable de s’en défaire, même si c’est dur et c’est valorisant.

 

L’épisode a fait un choix de direction artistique pertinent en passant de la nature immense et infinie mais poussée à l’écart par un dôme, un intérieur aseptisé et doux mais mort malgré ses couleurs fadasses, un sous-sol sombre et crasseux mais qui représente la porte de sortie. C’est dans cette ambiance que le Docteur comprend petit à petit pourquoi les gens se font bouffer dans un certain ordre. Parce que c’est dans l’ordre alphabétique ! Lindsy voit une femme se faire manger en vidéo et sait qu’elle est la prochaine. Elle panique. Ricky la rassure. Il lui dit qu’il va les sauver. Le Docteur dit que les limaces ont dû être créées parce que sinon elles ne mangeraient pas dans l’ordre alphabétique. Et c’est là que l’épisode me perd un peu.

 

Le dot a pris conscience et a appris à les détester et c’est le dot qui les fait manger par les limaces. C’est un trope classique de film de science-fiction, mais l’épisode était plus subtil jusque-là. Parce que ça crée deux problèmes. Si le dot est suffisamment intelligent pour détester les gens qui l’utilisent, il est suffisamment intelligent pour comprendre qu’il n’est rien sans des gens qu’ils l’utilisent, non ? Et s’il a créé des limaces pour les bouffer, il est suffisamment doué pour juste faire ce qu’il va faire à Ricky après une partie de baseball improvisée, non ?

 

Eh oui parce que le dot attaque alors Lindsy. Ricky fait du baseball avec le dot et un tuyau en métal. Ricky dit à Lindsy de partir, tel le héros qu’il est.  Le dot assomme Ricky puis part vers Lindsy. Mais cette dernière balance le vrai nom de famille de Ricky : il vient avant elle dans l’ordre alphabétique ! Elle le trahit donc pour sauver sa couenne et le fait buter par le dot qui lui traverse le crâne. Du coup… pourquoi créer des limaces s’ils peuvent juste foncer dans le crâne de tous ces gens qui se mettent face à leur dot chaque seconde de chaque jour ? ça pourrait être réglé en deux secondes cette extermination de richous, non ?

 

Bref, Lindsy ne pense pas aux incohérences de scénario, ouvre la porte et s’en va. Saine et sauve, fière d’elle, elle arrive dans un souterrain où se trouvent des rescapés et le TARDIS. Elle trouve une amie à elle et lui fait un câlin. Elle trouve aussi Ruby et le Docteur qui lui demandent où est Ricky mais elle ment en disant qu’il est parti sauver d’autres gens. C’est hyper glaçant et super bien mis en scène et joué. Elle les remercie d’une manière vraiment forcée. Son amie lui dit qu’elles et d’autres rescapés partent hors de Finetime. Ils lui apprennent que tout le monde est mort dont sa mère. Elle est « gone to the sky , lucky mommy, so lucky”: eh oui, Lindsy reste la Lindsy qu’on a découvert au début. Enfantine et glaçante…

 

La mise en scène à l’image et à la dramaturgie opère un revirement extrêmement puissant en quelques secondes : on nous a fait gagner de l’empathie pour ce personnage, pour cette humaine, avant de nous dire qu’elle n’a pas changé. C’est comme quand on essaie de se dire que si, les gens méchants, fascistes ou autres, peuvent changer, il faut essayer de les comprendre. C’est sûrement vrai, il faut l’espérer, mais il ne faut pas se leurrer, ça ne se fait pas en quelques secondes. C’est pour ça que l’épisode est puissant : il nous a mis dans la peau de Lindsy tout du long, pour qu’on ait cette empathie, pour qu’on la comprenne, jusqu’au moment où on ne la comprend plus.

 

Les jeunes blonds de Finetime sont trop fiers d’être des pionniers : ils vont découvrir la planète forestière ! Avec un peu de chance, ils croiseront des Ewoks, mais quand ils découvriront qu’il y a « woke » dans leur nom, ils seront bien dégoûtés. Le Docteur leur propose de venir dans le TARDIS pour les aider à aller dans un endroit en sécurité. Le jeu d’acteur hyper statique de Millie Gibson et de Ncuti Gatwa est très étonnant : c’est comme s’ils étaient encore coincés dans la bulle. C’est un choix délibéré. En fait, la bulle, ce n’est pas juste une métaphore. C’est la réalité des gens comme ceux de Finetime. Ils mettent tous les autres à distance en prétendant être proche. Ruby et le Docteur ne peuvent pas bouger, ils ne peuvent pas approcher.

 

Lindsy lui dit alors qu’il n’est pas comme eux. Elle et son amie se moquent de sa ‘magic box’ et disent que c’est voodoo. Le Docteur n’est pas dans les standards de Finetime. Il comprend bien le racisme très clair de Linsdychou et sa copine, mais il s’en fiche de ce qu’elles pensent. Il leur dit qu’il les sauvera quand même. Pourtant ils refusent tous et préfèrent aller mourir en pensant qu’ils vont survivre. Le Docteur s’échauffe un peu : il est dégouté et ça le rend fou, il rit nerveusement et crie. Ruby pleure, gênée. Les débiles nazis embarquent donc sur un bateau et ils les regardent partir en pleurant. Le Docteur et Ruby rentrent dans le Tardis et s’en vont.

 

C’est lugubre. Et c’est si vrai. Cette séquence est parfaitement écrite et mise en scène. A nouveau la série est claire : on ne peut rien pour des gens qui ne veulent pas être aidés et c’est ça qui nous mènera à notre perte. L’impossibilité que la bienveillance (inhérente au Docteur) a de régler des pensées funestes dans les âmes des fascistes. Alors quoi ? Le Docteur s’en va ? Il laisse les fascistes faire leur vie ? Il ne peut juste pas se battre ? Là il ne peut rien faire parce qu’il voulait les sauver, ils ne voulaient pas les détruire, mais du coup la question se serait posée différemment si face à ces gens se trouvaient d’autres personnages opprimés, non ? Si on savait qui étaient les petites mains de ce monde de Finetime, le discours aurait été différent. C’est un épisode qui laisse donc plein de questionnements et qui voudrait qu’on approfondisse le sujet. C’est l’épisode le plus politique de la saison et le plus politique tout court même de la série. C’est aussi un épisode qui fait mal parce qu’il s’arrête sur une non-fin. Doctor Who ne peut plus boucler ses épisodes bouclés. Est-ce à nouveau une réflexion sur l’identité obsolète de la série ? En cinq épisodes, il est déjà loin le Docteur qui voulait sauver le boogeyman puisque le boogeyman ne veut pas de lui désormais…

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