The Church on Ruby Road, promesses et incohérences

Publié le 5 avril 2026 à 20:13

Christmas Special 2023 – 25 Décembre 2023

The Pop Star is coming!

 

Si le Quinzième Docteur était une étoile, on l’appellerait Pop, parce qu’on ne peut pas dire le contraire, c’est vraiment une pop-star. Et voilà donc son tout premier épisode complet où il est le Docteur principal. Alors, qu’est-ce que ça donne que ce Church on Ruby Road ? Episode complexe à analyser et probablement infernal à faire puisqu’il doit agir comme une sorte de monstre à huit têtes : spécial de Noël, premier d’une saison, premier de la nouvelle série, premier du Quinzième Docteur, premier de Ruby, premier de Davina McCall…

Et dans un monstre à huit têtes, il y en a forcément qui sont un peu teubées. Quelle tête est plus teubée que les autres ? Voyons-voir ça tranquillement. L’épisode raconte donc comment le Docteur s’intéresse aux accidents qui parsèment la vie de Ruby Sunday, une jeune femme d’une vingtaine d’années qui a été adoptée par sa mère d’accueil après avoir été abandonnée devant une église à sa naissance. Et Ruby cherche ses parents biologiques tandis que des gobelins s’attaquent à un bébé que sa mère, toujours famille d’accueil, recueille la veille de Noël, tout comme elle avait recueilli Ruby une vingtaine d’années plus tôt.

 

L’épisode est plutôt sympathique à regarder, très dynamique et les personnages sont attachants et pétillants. L’intrigue peut-être un peu confuse a le mérite de proposer un concept nouveau et bien tenu sur la longueur. L’ensemble est donc relativement réussi malgré les difficultés que l’épisode rencontre par son placement dans la série.

 

Petits points rapides sur les quelques éléments d’analyse filmiques avant d’attaquer un examen plus approfondi.

 

Tout d’abord commençons par la mise en scène : elle est plutôt dynamique et bien pensée, montrant avec vivacité des environnements pas forcément très faciles à filmer et à rendre énergiques. En revanche, la mise en scène narrative et le montage font des choix vraiment difficiles à tenir et peut-être un peu trop ambitieux. En effet, il y a beaucoup de scènes dans des endroits répétés et comme tous les personnages sont nouveaux, ce n’est pas évident de toujours bien les mettre en perspective et ça empèse un peu l’action. Le montage quant à lui prend aussi des directions qui ressemblent à des choix de productions peu valides mais probablement imposés et qui rendent pas mal d’éléments un peu confus.

 

Le concept en revanche est vraiment ce qu’il y a de plus solide dans cet épisode et c’est un concept qui se paye le luxe d’une nouvelle tête à cette chimère d’épisode : la magie, ou plus précisément de la science qui se rapproche vraiment de la magie. C’est déjà quelque chose que l’ère du Quatorzième Docteur a introduit, mais c’est ici fait avec presque plus de subtilité et on voit les potentiels que ça ouvre. La science de la coïncidence est une idée assez géniale et presque un discours méta sur les limites d’un scénario de fiction ou vraisemblance ne veut pas dire véracité et où les deux font rarement bon ménage.

 

La musique est vraiment pertinente et profite d’une magnifique orchestration. Mais elle se perd peut-être un peu dans une volonté de noyer toute l’action dans des nappes constantes avec une présence parfois un peu écrasante. Comme le rythme est enlevé, ce n’est pas vraiment un problème qui saute au yeux (enfin aux oreilles).

 

Les acteurs sont tous castés à la perfection et jouent au max de leur capacité ce qui donne à l’ensemble une vraie sensation de sincérité. On sent que tout le monde s’éclate et c’est communicatif. Les enjeux sont relativement bien interprétés mais il y a des cassures à cause de réactions de personnages qui sont parfois incohérentes et surtout montées dans un ordre qui rend les enchaînements parfois étranges.

 

Venons-en donc aux multiples têtes de The Church on Ruby Road.

 

Spécial Noël : cet aspect là marche relativement bien, mais manque un peu de bien ancrer le tout dans une ambiance de Noël. Comme pour les premiers spéciaux de Noël de New Who, on voit bien que ça se passe à Noël, mais Noël n’est pas le focus de l’épisode. C’est à la fois une bonne chose et une limite car il y a tous les bons sentiments d’un épisode de Noël sans que l’on sache trop pourquoi puisque c’est à peine un décor en arrière-plan. D’un autre côté, c’est sûrement une sage décision car présenter un Docteur dans une ambiance trop Noël ouvre la porte à lui donner une vraie place de Père Noël magique. Et ça aurait risqué aussi de trop donner l’impression que Doctor Who, pour une premier épisode de première saison de nouvelle série, est une série de Noël.

 

Premier épisode d’une saison : là, ça fonctionne vraiment pas mal du tout pour le coup. Il y a une véritable intrigue qui est mise en place avec un mystère qui entoure le personnage de Ruby. C’est déjà un peu vu par le passé avec des personnages comme Clara ou même Amy et la fissure dans le mur, mais tout le mystère qui l’entoure est sympathique. En revanche, il y a là une vraie problématique due au fait qu’il fallait que ça soit un nouveau « Rose » sans que ça soit la même chose. Pour pallier à ça, on ne montre pas le quotidien de Ruby comme on montrait celui de Rose et on saute directement dans une présentation autour de sa problématique à savoir « qui sont ses parents biologiques ». En soi, un choix judicieux pour se départir de la comparaison. Sauf que du coup, c’est un personnage un peu hors sol qui existe beaucoup par ce mystère. Heureusement l’interprétation de l’actrice et quelques scènes aident un peu au démarrage, mais on oublie très vite ses amies du début qui ne sont là que pour dire qu’elle a une vie sociale et qu’elle est douée en musique. C’est dommage comparé à des introductions comme celle de Bill par exemple, qui était vraiment très efficace. Malgré tout, la saison démarre sur les chapeaux de roues avec cet épisode qui démarre un nouveau fil rouge tout en présentant de nouvelles thématiques et en se payant le luxe d’une nouvelle esthétique pop, musical et colorée.

 

Premier épisode la nouvelle série : bon, pas grand-chose à dire là-dessus. On réexplique tout le concept de façon un peu rébarbative et franchement pas super originale. Le Docteur fait des expositions très longues mais très claires sur qui il est, ce qu’il fait, comment ça marche. On a un peu l’impression que soudainement la série a besoin de surligner le tout pour que tout le monde comprenne, même les plus petits. En soi pourquoi pas, mais ça manque de subtilité. D’autant que là encore, certains personnages tertiaires ont des réactions affolées face au TARDIS, quand d’autres ont l’air de s’en taper de voir une cabine téléphonique disparaître sous leurs yeux. Les novices seront peut-être un peu confus dans leur visionnage à se demander si la « magie » existe dans ce monde puisque plein de personnages ont l’air d’accepter beaucoup de choses bizarres.

 

Premier épisode du Quinzième Docteur : c’est plutôt un bon véhicule pour le Quinzième Docteur bien qu’il ne présente pas encore vraiment son potentiel, mais c’est assez normal. On voit pourtant qu’il se démarque vraiment bien dans le rôle et que l’histoire lui permet de montrer tout le potentiel qu’il a tant dans l’action que l’émotion. On apprend à le connaître de façon assez fluide.

 

Premier épisode de Ruby : là encore, ça marche vraiment bien pour présenter cette nouvelle companion du Docteur. Mais pour revenir à ce que j’ai écrit plus tôt, son introduction est encombrée par le récit lui-même et l’intrigue qui l’entoure. Le problème est qu’elle doit être le point d’ancrage d’un public que les diffuseurs visent avec des bazookas. Donc elle doit surjouer pas mal de choses, expliquer et réexpliquer des choses dans des dialogues assez lourds et c’est un vrai témoignage du talent de l’actrice de réussir à faire passer tout ça pour presque naturel et très attachant.

 

Premier épisode qui présente la dimension « magique » : là c’est vraiment réussi pour le coup. Doctor Who a toujours présenté des concepts rigolos, absurdes, farfelus et fantastiques, c’est le but. Mais la série n’a jamais trop osé aller vers la magie. Ici, on s’amuse beaucoup plus et la preuve en est que les antagonistes sont des gobelins. Toute la notion de coïncidence qui nourrit ces êtres sortis tout droit d’un livre de contes terrifiants est vraiment bien emmenée et permet de se dire que ce Docteur se lance dans des aventures qu’on n’a peut-être jamais vu jusque-là.

 

Pour celles et ceux qui ont lu jusque-ici, mon analyse se termine enfin. Pour le plaisir, je vais effectuer un petit déroulé sur un ton humoristique de l’épisode. Je considère que c’est un bon épisode qui a des faiblesses dues principalement à tout ce qu’il a comme tâche d’entreprendre. Mais attaquons donc le détail. SPOILERS À PARTIR DE LÀ.

 

Tout commence par une voix off du Docteur qui parle de lui à la troisième personne. Chelou. Il voit une femme dans un manteau à capuche noir déposer un bébé le jour de Noël devant une église sous la neige. Chacun sa manière de fêter Noël après tout. Suit alors le générique que personnellement j’adore. Il est très beau, dynamique et chouette à regarder. Mais je sais que ce n’est pas du goût de tout le monde.

 

Ensuite, on découvre Ruby en interview avec Davina McCall que je ne connaissais pas pour le coup et je trouve la scène assez bof. C’est une exposition longue par le dialogue de l’enjeu de Ruby. Au moins, c’est clair, mais peut-être que de l’avoir présenté avec des amis, des collègues, ou autre, aurait pu montrer plus clairement qui elle est. Au cours de la scène, un gremlins dont on ne voit que le bras s’efforce de buter Ruby à coup de projo en vain. Le côté lutin maléfique de Noël est bien implanté.

 

Par la suite, on découvre Ruby qui joue du piano avec des amies qui forment un groupe de musique dans un bar. On n'en saura pas plus sur elles. Mais on découvre le Docteur, méga chelou, qui la stalk de loin. Et le lendemain, il est de nouveau près d’elle, dans une boite de nuit, à danser vraiment bien tandis qu’elle sirote un diabolo fraise. Alors que le gremlins tente de lui péter son verre, le Docteur sort soudainement de nulle part pour l’aider. Temps mort : je ne comprends pas. Le Docteur est soudainement une sorte de Flash qui se déplace plus vite que la lumière ? En plus c’est acté par la mise en scène ET par le dialogue des personnages. Et puis pourquoi montre-t-il le psychic paper pour dire une blague ? Pourquoi Ruby le trouve sympa alors qu’il est vraiment chelou avec son papier bizarre ? Bon, admettons, mais c’est assez peu clair comme scène.

 

Dehors, le gremlins tente d’attaquer le taxi de ruby en faisant tomber une déco de Noël que le Docteur se prend sur la tête. Mais ça va, il n’a rien en fait. Ouf. Par contre, il se fait intercepter par un policier et il lui prédit que sa fiancée lui dira oui quand il va la demander en mariage en faisant une déduction à la Sherlock Holmes un peu moisie. Surtout, il lui dit qu’il aurait pu acheter sa bague en solde… Et là, le TARDIS disparaît devant le flic qui…s’en tape. Bon ben voilà, là je comprends pas. Au moins, on présente vraiment bien le Docteur, sa façon de parler, son côté un peu sombre caché derrière son superbe sourire. C’est le gros avantage de cette séquence.

 

Le lendemain à nouveau (on a le droit encore à un carton avec la date alors que ça aurait juste pu être de la mise en scène mais passons) Ruby rentre chez elle et on rencontre sa mère, Carla et sa grand-mère, la meilleure, Cherry, qui veut qu’on lui serve un thé dans son lit qu’elle ne quitte pas plus que les grands parents de Charlie dans Charlie et la chocolaterie.

 

Carla reçoit un bébé, Lulubelle, en tant que mère d’accueil, la veille de Noël, comme Ruby à l’époque (même si du coup c’était pas la veille, mais le jour de Noël, right ?). Davina McCall appelle Ruby pour lui annoncer une mauvaise nouvelle parce qu’après tout, autant lui gâcher Noël et son anniv. Et la pauvre Davina subit un terrible sort…que je ne comprends pas bien. C’est Ruby que les gobelins visent. Alors pourquoi Davina, plusieurs jours après avoir parlé à Ruby subit ça ? ça devrait être le cas de plein de gens dans ce cas, non ? Peut-être ai-je mal compris.

 

En tout cas le mystère s’installe : ni son père, ni sa mère ne sont dans des fichiers. Ruby serait-elle l’enfant divin née à Noël sans parents et déposée telle un Jésus de crèche devant une église parce qu’elle serait aussi importante qu’un enfant de divinité ? Qui sait…

 

Après que Davina lui ait dit qu’elle portait malheur (sympa), Ruby découvre que le bébé a été capturé par un gobelin qui s’est pris en selfie comme un débile. Mais au moins, il a le sens du style puisqu’il a mis un chapeau de Noël. Ruby n’a pas trop l’air phasé de découvrir des gobelins sur son toit et s’accroche à une échelle de corde avant de voir le Docteur qui fait son apparition en courant sur les toits. Il est vraiment très classe pour le coup.

 

Ils parviennent ensemble dans le bateau volant des gobelins et se font capturer et attacher. Mais le Docteur sait défaire ses liens et hop, ils se mettent en quête de sauver le baby. Une chanson de gobelins très très pop plus tard (ça aurait peut-être été plus sympa que la chanson fasse plus « gobelins » que reprise de variété, mais au moins, c’est entraînant et bien rythmé) ils sauvent le bébé du roi gobelin qui voulait le bouffer parce que la situation est pleine de bonnes coïncidences dont il se nourrit.

 

En revanche, le Docteur apprend sur le bateau que Ruby est née à Noël. DU COUP, ça veut dire qu’il n’a pas encore vécu la scène du début. Et qu’il enquête très mal sur les gens parce qu’il la suit partout et sait plein de choses sur elle, mais pas qu’elle est née à Noël.

 

Détail : le bruit du nouveau sonic screwdriver moche est vraiment cool. L’idée des nœuds dans le bateau est très cool aussi. Le « language of luck » est également super chouette. Le Docteur et Ruby qui se mettent à chanter est super et pourrait presque être un truc récurrent qui donnerait une nouvelle couleur à la série, est-ce que ça le sera ? (C’est rhétorique parce que non.)

 

Chez Carla, ils essaient de façon très mal écrite de ne surtout pas dire ce qu’il s’est passé. Et Carla accepte ce type qu’elle ne connait pas chez elle comme le flic acceptait le TARDIS. Le Docteur dit qu’il est adopté, le plafond craque parce que…il craque. Et les gobelins semblent disparaître ! Trop bien ! Mais Ruby a disparu aussi ! Pas bien ! Carla ne se souvient pas d’elle ! Le Docteur décide donc de partir dans le passé pour voir ce qu’il se passe. Et la voisine, Mrs Flood, est méga surprise de voir le TARDIS se volatiliser. Plus que le flic du début en tout cas.

 

Il arrive donc au moment qu’on a vu au début de l’épisode et là, je suis perdu.e sur la temporalité de cette scène et sa spatialité. En fait, la séquence de début aurait dû juste avoir lieu là à ce moment et sans voix off. Le fait qu’il découvre alors qu’elle a été déposée à l’église par une figure mystérieuse rendrait le tout bien plus fort. Il y a un vrai problème de montage et la voix off de la première séquence un peu maladroite laisse presque penser que ce n’était pas prévu comme ça.

 

Ce qui est sûr, c’est que le Docteur défonce les gobelins et sauve Ruby. Les décors sont oufs, l’image est top, les sfx et les marionnettes sont cool, mais le souci c’est que ça sert une mise en scène assez peu extraordinaire. Au final, c’est le Docteur qui dépose Ruby devant l’église donc…la scène du début n’était pas vraie ? Ou alors les effets de montages rendent le tout confusant ? Et là, le Docteur attend de voir la fameuse mère de Ruby. Donc il le savait ? Donc il était venu avant ? C’est la même scène qu’au début ou pas ?????

 

Bref, le Docteur retrouve Carla et Ruby chez elles, tout le monde va bien et là soudainement, au milieu d’une phrase, il comprend un truc et s’illumine. WOW mais que va-t-il faire ???? Il sort, court à son TARDIS, disparaît devant Mrs Flood qui cette fois trouve ça cool et pas surprenant. Et il…sauve Davina McCall dans le passé ? Mais…quoi ? Pourquoi le dialogue d’avant l’a mené à cette conclusion ? Là je suis vraiment perdu.e…

 

Au final, il a une interaction intéressante avec Mrs Flood, puis Ruby découvre le TARDIS et décide de partir avec lui. Et le twist final montre Mrs Flood qui s’adresse directement au spectateur en disant « Never seen a TARDIS before ? ». Ce qui est certes impactant, mais après avoir décortiqué l’épisode, est assez confusant puisque les réactions des gens sont rarement les mêmes.

 

Cela reste un épisode très divertissant avec des moments sympathiques et une intrigue plutôt chouette autour d’un concept fort et original. Il y a de grosses failles et des zones d’ombre pour ma part, mais c’est subjectif à bien des égards. Le point positif reste les personnages et le fil rouge qui se met en place de façon efficace et original. Un début plutôt correct pour une saison qui n’est vraiment pas facile à démarrer !

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